Sillon 2022

Création radiophonique sur la RTBF, Par ouï-dire

Sillon 1 - poème radiophonique

Sillon 2 - petites chroniques de Rochebonne

écoutes ici

Le narrateur est dans son petit appartement, face à la mer à Saint-Malo. Sur Le Sillon. Il désirait cela depuis longtemps : être ici, face à la mer et se lever tôt. C’est ce qu’il va raconter. Il est six heures du matin. Il écoute. Il regarde. Est-il enfermé ? Confiné ? Derrière la grande fenêtre la lumière, les strates, le lointain. Et il y a les personnages-silhouettes. Le narrateur les observe. Peu à peu ils entrent dans la pièce, la pièce de l’appartement et la pièce radiophonique, comme les promeneurs, les joggers, les surfeurs, comme le sable et les rochers.

 

Avec François Leport, Alain Coant, Anick Le Bévillon, Tanguy du Zéphir de Rochebonne, le rendez-vous des surfeurs et les personnages-silhouettes, Céline, Line et Joris, les pêcheurs à pied, Didier, Jacques et François.

Merci à eux et à Alain Coant pour les sons de cornemuse.

Mixage Pierre Devalet.

Ecriture, enregistrement, composition et réalisation Jean-Guy Coulange.

Une production Par Ouï-dire, Pascale Tison avec Fabienne Pasau.

Exposition au Sémaphore de la Pointe du Grouin (Cancale, 35) durant l'été 2022.

photographies, peintures, films, livre, avec Le Village - centre d'expérimentation artistique de Bazouges-la-Pérouse (35) et l'aide du Conseil Général d'Ille-et-Vilaine

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Le livre Sillon est paru en mai 2022

distribution Les presses du réel - infos et revue de presse

 

"Silhouettes et embruns

Après Route Finistère Sud (2019) et Bruissons (2020) paraît aujourd’huiSillon aux éditions du Village. Jean-Guy Coulange nous invite cette fois à parcourir la plage du Sillon, flèche de sable protégée par une digue reliant la ville de Saint-Malo à Rochebonne, son casino et ses villas somptueuses. La première partie de l’ouvrage est constituée par un texte que l’on pourrait qualifier de « voyeurisme esthétique ». Le plus souvent à la fenêtre d’un hôtel donnant sur la plage, l’auteur enregistre les phénomènes météorologiques :saccades du vent, clapotis des vagues lointaines, ciel passant du noir au bleu nuit... Mais aussi les cris d’un oiseau de mer et bientôt la gent joggeuse ou promeneuse qui s’empare du paysage : « Je vois le monde dans ces minuscules silhouettes, écrit l’auteur. Je le vois à leur coudée franche, à leur tête basse et au basset qui suit derrière.» Se trouvent également là les surfeurs en noir sur leur planche blanche, chutant, se relevant et chutant encore. Mais Jean-Guy Coulange ne se contente pas d’observer, il écoute également les silhouettes ; un peu comme Robert Bresson qui désignait par ce mot tous les personnages de ses films. L’auteur de Sillon se délecte du nom des divers rochers répertoriés sur la carte marine, entend monter vers lui les marées, enregistre le chant des flots,photographie le rayon bleu et les nuages... « là-bas... les merveilleux nuages ». Les photographies occupent une grande partie du livre. Étranges et parfois inquiétantes, sur lesquelles des vagues grises explosent et sont sur le point de submerger des personnages : quidam vêtu d’un ciré sous un lampadaire, cycliste imprudent près du rivage, promeneur jouant avec son chien (malgré l’interdiction des animaux sur la plage). La couleur permet de souligner l’immensité du paysage, êtres minuscules perdus dans les embruns, couples lointains d’amoureux semblant sortir des flots ou cheminer à la surface des vagues ; couchers de soleil, cieux embrasés, horizons tranchant comme des lames de feu. « Tout peut arriver »,nous avertit Jean-Guy Coulange. Il suit du regard un homme qui semble hésiter quant à l’endroit vers lequel il doit se diriger : ligne d’eau ? brise-lames ? banc de sable ? Les aquarelles accentuent encore cette impression d’inquiétante étrangeté ; brouillant la limite entre la terre, l’océan et le ciel. « À présent, je ne sais plus ce que je peins et l’homme ne sait plus où il va. » Il cherche à peindre des sons, des différences d’énergie, des mouvements. « Et la peinture commence à sonner. Les couches successives ont laissé une densité de matière et il est clairement apparu non plus une épaisseur mais une profondeur, exactement comme une profondeur de champ, physique et acoustique : une polyphonie lumineuse. »

En conclusion de son ouvrage, Jean-Guy Coulange donne la parole au poète, critique et cinéphile Jacques Sicard qui improvise sur les « notions de seuil et d’écran dans le paysage avec humain ou pas » ; puis s’interroge sur l’expérience photographique convoquant les notions freudiennes du familier et de l’étrange. Enfin, David Chevrier, directeur artistique du Village, clôture ce livre-expérience par une réflexion sur la pensée artistique de l’auteur qui « rend visible l’invisible et exhume le quotidien d’une société qui, comme l’écrivait Guy Debord, tend à atomiser les gens en consommateurs isolés, à interdire la communication »."

 

Jean-Claude Hauc

Les lettres françaises (juillet-août 2022)